Un guide de Kampala, par Michelle Isinbaeva

« Il se passe plein de choses et il y a tellement de talent », s'enthousiasme Michelle Isinbaeva, qui fait partie des créateurs de Kampala. Et elle est bien placée pour le savoir. Après une enfance en ville, elle a étudié l'architecture à Barcelone avant de rentrer chez elle pour devenir une icône de la photo, une consultante en RP et une productrice. Elle a contribué à des titres de la presse internationale, comme Vogue Business, Okay Africa, Atmos et Mixte et a travaillé avec les entreprises les plus en vue de l'Ouganda, notamment des pionniers de la revalorisation des déchets tels que Buzigahill, ainsi qu'avec la marque de production musicale Hakuna Kulala et Kampala Fashion Week. Il n'y a donc personne d'aussi qualifié qu'elle pour introduire Emolyne au cœur de ce qui fait vibrer Kampala en ce moment…

Vous êtes une vraie polyvalente ! Parlez-nous de votre itinéraire créatif.
Les arts visuels m'ont trouvée très tôt et, avant d'aller à l'université, j'ai fait des stages dans la production de décors, la fabrication d'images, les médias et la modélisation. J'ai toujours tout voulu faire et donc aujourd'hui, je suis fière de porter plusieurs casquettes : celle de photographe, de RP, de responsable des talents, de conseillère artistique, de créatrice, etc. En fin de compte, je suis une artiste.

Quel conseil donneriez aux toutes jeunes entreprises ?
Les réseaux et la collaboration sont indispensables mais il faut aussi savoir se débrouiller seul. Faites toujours des expériences et prenez des risques. Il y a des règles, surtout dans la création, donc il faut savoir les manier. Qu'est-ce qui marche ? Qu'est-ce qui ne marche pas ? Partir de ce qu'on a déjà fait et ne laisser personne vous dire que vous n'y arriverez pas.

Comment définiriez-vous votre pratique de la photo ?
Je m'intéresse principalement au documentaire et à la mode. Ce que j'adore dans les documentaires c'est que cela m'amène à filmer des histoires vraies et des gens de la réalité. Par exemple, si je me prépare à remplir une mission pour une ONG, il faut que je comprenne qui j'ai en face de moi. Ensuite, avec les éditoriaux de la mode, j'apprécie de travailler avec une équipe prête à concrétiser ma vision. Sur le plan esthétique, j'ai tendant à privilégier aussi bien l'aspect visuel que le toucher. Avec de faibles expositions et des contrastes élevés dans les images, on fait naître une émotion. Je veux que les gens regardent mes images et en repartent avec une impression.

Comment appréhendez-vous la beauté ?
J'adore me travestir entièrement, chose que je réserve à des occasions particulières, par exemple quand je vais à un bal. Pour moi, tout est dans les lèvres et les ongles. J'utilise du Carmex pour garder des lèvres saines et ensuite j'applique un contour à lèvres dans un brun qui va avec mes taches de rousseur, et je remplis avec un brillant d'un rouge chatoyant ou d'un rose subtil. Je veux que mes lèvres paraissent vernissées et sucrées, comme des fruits confits. Ensuite, pour les ongles, j'aime m'amuser à avoir de grandes longueurs et de mignons motifs. Je porte beaucoup de noir et du coup, mes ongles font partie de mon expression. C'est une façon d'injecter de la couleur et de l'éclat.

Parlons de Kampala. Qu'est-ce qui fait les titres des actus de mode en ce moment ?
Il y a une foule de créateurs qui s'attachent à l'aspect écologique. Celui qui sort du lot pour son savoir-faire est IGC Fashion. Il repousse les limites en créant des pièces qui se rapprochent de la haute-couture. Il utilise des textiles de récupération ainsi que des étoffes ougandaises produites à partir d'écorces, du sisal, des cauries et du raphia.

Et dans la musique ?
Alté a le vent en poupe depuis un moment. C'est une expression hors normes, et je suis vraiment curieuse de voir où nous mène ce genre et comment il va atterrir. MAUIMØON est un artiste, un parolier et un producteur remarquable. Il fait des prodiges et multiplie le nombre de ses fans. Et il est très fort pour travailler avec d'autres artistes d'Afrique de l’Est. Cet été, il va sortir un nouveau projet, ‘For the Love of RetB’. Ne le ratez pas.

Et dans l'art ?
Il y a des espaces très en vue, comme l'Afriart Galley, l'Amasaka Gallery et le Xenson Art Space, mais je recommande aux gens de s'adresser directement aux artistes pour programmer des visites de studio, chose à laquelle ils sont de plus en plus ouverts. C'est une façon plus intime de faire l'expérience du travail de l'artiste et de faire connaissance avec lui/elle personnellement. La mienne est de regarder Pamela Enyonu, qui explore le genre, l'identité et la prise de pouvoir personnel par son mélange de toiles de médias.

Finalement, où pouvons-nous vous trouver le week-end ?
Urban Chevre est un petit bar en terrasse et un restaurant qui sert de fantastiques cocktails et de petites choses à grignoter. Je suis une dingue de desserts, alors je recommende leurs brownies au chocolat ! Et pour les manifestations luxueuses, il faut que ce soit Malembe Lifestyle, qui organise toutes sortes d'événements, des fêtes de quartier aux concerts les plus prestigieux.

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Toutes les photos sont reproduites avec l'aimable autorisation de Michelle Isinbaeva